DE LA VILLE DE PARIS.
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Le vendredy, trenleiesme jour de May mil cinq cens soixante et ung, se sont de rechef trouvez, et n'a esté riens faict, sinon de continuer l'assignation à demain une heure de rellevée.
Le samedy, trente ungiesme et dernier jour dud. moys, ont esté envoyé prier mess" les Conseil­lers qui ne sont des Cours, et les seize Quartiniers avec les quatre mandez de chacun quartier, de eulx trouver ce jour d'huy à une heure de rellevée préci­sement en l'Hostel de lad. Ville pour acompaigner Messieurs à aller aux Estatz à la salle de l'Evesché de Paris.
Ce jour d'huy, dernier jour de May mil cinq cens soixante et ung t1*, sur les deux à trois heures de rel­levée, à laquelle heure avoit esté donnée assigna­tion aux gens du Tiers Estat de ceste ville, Prevosté et Viconte de Paris de eulx trouver à la salle épisco­pale, afin de donner leur avis sur quelques moyens justes et raisonnables, par lesquelz l'on pourroit se­courir le Roy en ses affaires, suyvant la proposition faicte par mons' le president de Thou à l'Assemblée generalle des trois Estatz, tant de l'Eglise, Noblesse et le Tiers Estat, se sont trouvez et ont comparu les Prevost des Marchans et Eschevins de ceste ville de Paris, àccompaignez de quelque nombre de Conseil­lers de lad. Ville, des Quarteniers d'icelle, et de plusieurs notables bourgeoys et marchans de lad. Ville, appellez jusques au nombre de quatre en chacun quartier, le tout par ordonnance et comman­dement desd. Prevost des Marchans et Eschevins. Se sont aussi trouvez plusieurs autres personaiges en grand nombre, en la presence desquelz led. sr presi­dent de Thou, accompaigné de mons'le president Seguier et de quelques ungs de mess" de la Court de Parlement, troys presidens des Enquestes que autres, a réitéré et faict entendre la cause de la con­vocation de l'Assemblée, qui estoyt pour adviser le moyen par lequel on pourroyt subvenir au Roy et le metlre hors de ses affaires, et à le descharger des grandes debtes dont il a trouvé son royaulme chargé, quant par la grace de Dieu il a receu la couronne de France, et que en faisant secours ct
ayde au Roy, ceulx du Tiers Estat, ensemble ceulx des autres Estatz, aydront et secourront eulx mesmes, attendu que les principalles aliénations, tant le dommaine, aydes que autres, et les constitutions des rentes- qui avoyent esté par cy devant faictes pour la calamité des guerres auroyent estées faictes à ceulx et au proufiit dc ceulx qui font et du nombre desquelz sont composez les troys Estats, lesquelz le Roy entend satisfaire et rembourcer, ce qu'il ne peult faire, sans ce que eulx se aydent à ce faire payer. Et plus a dict que par ordonnance ct commandement de Dieu, les subjeetz estoyent tenu/, secourir leurs roys et souverains seigneurs en tout ce que bonnement, justement et raisonnablement leur estoyt enjoinct et commandé. Ce faict, et après avoir bien faict entendre la justice de la demande du Roy, et de la bonne esperance qu'il avoyt d'estre secouru, principallement par ceulx de ceste Ville qui ont esté tousjours trés humbles, trés loyaulx et trés obeyssans subjeetz du Roy, et qui de leur pouvoir l'ont secouru au temps où il estoyt plus de besoing, ainsi que les tesmoignages en sont encores recens, ct particulierement a demandé à ung chacun desd. Conseillers, bourgeoys, Prevost des Marchans et Es­chevins, et de ceulx qui se sont trouvez en la com-paignyée et présentez leur advis et l'oppinion qu'ilz avoyent sur ce qu'il leur auroyt esté proposé, et recueil qui a esté faict de l'avis particulier d'ung chacun; lesquelz ont tous esté d'avis que, comme trés loyaulx, trés humbles et trés obeyssans subjeetz du Roy, ilz debvoyent, chacun selon sa possibilité, secourir aux affaires du Roy si grandes que l'on leur avoyt faict entendre, dont ilz estoyent esmerveillez d'ouyree qu'ilz n'eussent jamais pensé ne estimé que les debtes dont le royaulme estoyt chargé et redeb-vable monta a une si grande et excessive somme de deniers'-'. El ce qu'il les faisoyt plus esmerveiller estoyt que par longue espace de temps et continuelle­ment, sans cesse et sans relasche, sans inlermission, l'on avoyt tousjours levé deniers en grande quantité pour subvenir aux affaires qui se presentoyent, et que l'on avoyt mys sus grandes impositions et subsides sur toutes sortes de marchandises, sans y espargner les vivres, mesmes en ceste ville de Paris où l'on a mys
C Le Registre porte : soi/ranfé el deux.
'2) Le déficit, suivant la déclaration officielle faite aux Etats par le Chancelier dans la séance du i3 janvier, se montait à la somme énorme de 43 millions, c'est-à-dire au quadruple du revenu annuel du royaume, aussi ne pouvait-on s'expliquer dans quel gouffre s'étaient engloutis ces 43 millions et ne craignait-on pas de dire que "oncques monarque n'avoit laissé après lui de si excessives dettesn. Le Tiers État n'était pas éloigné de penser que les énormes impôts qui avaient ruiné le royaume n'étaient pas tous entrés dans les coffres du roi. (Cf. G. Picot, Histoire des Etais Généraux, t. U, p. 243.)